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UNE IMPRESSION ETRANGE

Une impression étrange. Un frôlement. Pourtant il n’y a personne dans cette pièce aux âpres odeurs de renfermé. Les doigts fébriles elle caresse les livres, les vieilles reliures dorées. Elle n’ose prendre un livre de peur de porter atteinte à cette imposante figure qu’est la bibliothèque. Elle sent qu’elle vit, qu’elle respire. Lui enlever un livre serait comme arracher un organe à un être humain. Elle lève les yeux vers les étagères inaccessibles. A trop regarder, la tête penchée, tout tourbillonne autour d’elle, ses pieds s’enfoncent dans le sol. Le lourd tapis qui recouvre le parquet s’enroule autour d’elle, de son âme, entièrement absorbée dans des profondeurs obscures.

« Non ! »

Les mains tremblantes, le visage en sueur, à genoux, elle ne sait plus où elle se trouve. Sa tête lui joue un tour effroyable. Elle ferme les yeux. Les ouvre. Les referme à nouveaux. Elle ouvre lentement  ses paupières. Les quatre murs recouverts de livres semblent vouloir s’abattre sur elle, les lourds recueils se renversent soudainement, elle a juste le temps de protéger son visage avec ses mains.

Jamais elle ne pourra sortir de cet enfer. Elle marche lentement, cadencé par les grincements du plancher. Le moindre bruit sourd la fait sursauter. N’était- elle pas dans la bibliothèque ? Mais bien-sûr, elle a réussi à s’échapper à la dernière seconde, mais ceci n’explique en rien la raison pour laquelle elle se retrouve brusquement dans un long couloir, obscur, elle se sent suivie mais n’ose se retourner. Elle ouvre la porte qui se trouve à sa droite. Encore un long couloir, elle aperçoit au loin une torche allumée, elle s’y engage, les crépitements de la flamme la rassure. Toujours cette impression d’être suivie. Plus elle se rapproche de la torche, plus celle-ci s’éloigne. Ce n’est pas possible. Elle se met à courir, à courir jusqu’à perdre son souffle, mais le couloir se rallonge, la flamme rétrécit, pour finalement s’éteindre…

Un autre cri. Une autre douleur. Elle se retourne car quelqu’un lui a touché le bras. Une main glaciale. Elle se fige, mais il n’y a personne, pas une respiration. Qui joue ainsi avec ses sens ? Ce plongement brusque dans le noir lui fait mal aux yeux. Elle se baisse et tâte le sol, les murs, pour essayer de se repérer. Elle avance à l’aveuglette. Un courant d’air. Il doit y avoir une sortie quelque part. Elle si dirige suivant ce filet de vent froid, cette fois elle est sauvée, persuadée qu’elle va s’en sortir. Grâce au ciel, une porte. Elle se relève et ouvre la porte avec difficulté, la porte cède furieusement à cause du vent, puissant et maléfique, qui la projette violemment contre le mur. Elle s’écroule par terre. Peu à peu, reprenant ses esprits, elle essaye de mettre de l’ordre dans sa tête. La porte vient de claquer. Elle s’accroche à la poignée et fait un effort pour ne pas être poussé à contre-courant par le vent.

Un jardin…l’espoir renaît en elle. Elle court, telle une petite fille qui joue joyeusement, libre, dans un immense espace. A la seule différence, c’est que cet endroit est sinistre. Elle tourne la tête dans tous les côtés, espérant apercevoir quelques vies, une lueur, une issue, mais elle n’ose se retourner, de peur de voir cette maison qui la retenait prisonnière il y a encore un instant.

La seule solution était de se diriger tout droit. Ses pas l’emportèrent loin, très loin, dans un autre tourbillon. Elle heurta un mur.

Une fois, deux fois, elle ne cessait de frapper son front contre le mur blanc de sa cellule.

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